
L’histoire de Sans vouloir vous Déranger, SVVD pour les intimes, est celle d’un patchwork. Au tout début, je suis assistant·e à la réalisation chez Des Gens Bien Prod, qui réalise des court-métrages sur-mesure pour les comédiens en dèche de bande-démos. Franck Victor, pour me remercier de travailler à petit prix (sic), me propose qu’on m’en fasse un, à moi aussi. L’épisode 1 de SVVD naît. L’épisode 1, oui, car à la répétition, le réalisateur décide d’en faire une mini-série de trois épisodes, dont deux co-écrits par moi-même, présentant une sorte de version esthétisée de mes pires défauts de l’époque (je m’excuse tout le temps, paraît-il.) On tourne, et Franck me demande d’écrire trois épisodes de plus. Seulement, si on doit utiliser mes faiblesses, je ne veux pas qu’on ne fasse qu’en rire, je veux parler de quelque chose.
Commence le travail de rapiéçage : avec les éléments présents, cette série, elle pourrait parler, de prise de confiance en soi, oui, d’histoires d’amour, forcément, et puis… de polyamour ? Je relis, je relie aussi, et ça me frappe : il y a en Estelle tous les ingrédients d’une polyamoureuse dans le déni. J’écris ; des différences artistiques font jour, et l’on convient de me laisser mener la suite du projet comme il me conviendra. Je sollicite Cédriane Fossat pour réaliser les trois épisodes restants de la saison 1… Puis la saison 2 tout entière. À partir d’une simple idée (C’est une meuf qui n’arrive pas à faire sa déclaration d’amour, elle est awkward, c’est rigolo) et grâce au soutien de bien des bénévoles et mécènes, une histoire est née, une histoire qui dit : il n’y a pas besoin d’être un super-héros pour s’autoriser à sortir du cadre ; il suffit de s’autoriser à être soi-même.
Parce que finalement c’est ça Sans Vouloir vous Déranger : au-delà du polyamour, qui est le thème mais pas le seul sujet, au-delà de l’écriture, au-delà de l’évolution de ses priorités : SVVD c’est l’histoire d’une fille qui, de plus en plus, s’autorisera à devenir elle-même, et prendra en force. Devient-elle, au contraire, plus forte et cela lui permet de s’autoriser à exister ? Peu importe au fond, parce que ces deux mouvements se nourrissent l’un l’autre.
Après avoir écrit, après avoir tourné, il y a eu le montage, la troisième écriture si l’on en croit les théoriciens du cinéma. Monter les images où on apparaît soi-même, c’est quelque chose à quoi je ne connais aucun comédien qui ne rechigne. Dans ce cas particulier c’est me confronter une nouvelle fois, et à mon image, et à mon jeu, et à mon scénario. L’un des plus intimes jusqu’ici – si pas le plus intime. Nous verrons. Je n’en ai pas fini avec l’écriture.
Mais si cette violence, celle de la confrontation, que j’avais décrite dans L’Art de la Pose, est ici décuplée et multipliée par le nombre de tableaux sur lesquels elle s’exerce, je pense encore qu’elle est bonne. Parce que j’aurai toujours ce moment d’autodétestation, même quand je ne fais pas exprès d’être ridicule – surtout dans ce cas – au début, mais je me mets quand même au travail, aussi inconfortable soit-il, épisode après épisode après épisode.
Elle est bonne parce que le mouvement de recul, de dégoût, de peine et de colère en me voyant et en m’entendant a beau arriver à chaque fois, je le balaie chaque fois un peu plus vite. Elle est bonne parce que chaque moment que je ne passerai plus à me laisser distraire par mes (nombreuses) imperfections sera un moment de plus passé à perfectionner ce qui peut l’être. Encore, et encore, et encore. Et elle est bonne parce qu’elle me sert à voir que c’est ce que je fais maintenant, ce que nous faisons – we show up.
Sans Vouloir vous déranger c’est l’histoire d’Estelle, une jeune fille perclue d’insécurités, et de la façon dont elle sort du déni et accepte que oui, elle est polyamoureuse, et que non, il n’y a rien de mal à ça. Si la saison 1 introduisait le sujet principal de la série en évoluant du déni de son polyamour à un tout début d’acceptation en passant par divers stades d’excuses, la saison 2 entre dans le vif du sujet : on suit Estelle dans de vraies situations de la vraie vie, ses rencontres avec d’autres personnages (polyamoureux ou non, plus ou moins militants, nonobstant l’emploi ou non du terme par ces personnages), et à la fois sa découverte de cette nouvelle réalité où tous les choix sont valides pour peu qu’ils soient consentis, et son évolution dans son rapport à l’autre, et dans sa vie avec elle-même. On pourrait penser que c’est une ode à Google Agenda ou à Framadates, ou à tout ce qui peut permettre de satisfaire un kink organisationnel, jusqu’au dernier épisode. Après tout, c’est avant tout une série sur la prise de confiance en soi, et parfois vouloir apparaître comme un.e bon.ne polyamoureuxe n’est pas une bonne façon de l’être. J’ai beaucoup appris en la faisant, cette série, et si c’était à refaire, je referais tout très différemment, mais c’est la vie quand on apprend en faisant.
Ci-dessous : les playlists des saisons 1 et 2 sur YouTube !